Voilà ce que j’écrivais il y a juste un an… et comme j’aime bien le recyclage…

Nouvel an, la semaine des fêtes et des vœux tout azimut. Je n’excelle pas au jeu, peut-être parce que je triomphe dans les vœux-toute l’année, je bombarde mes voisins d’encouragements et d’ondes positives, je me bombarde moi-même, il y a pire comme pratique mais attention, l’exercice n’est pas aussi mièvre qu’il y paraît: il s’agit de contacter ses désirs profonds ET de croire à la sécurité absolue du moment présent, bref d’avoir confiance… Le tout en lorgnant par dessus l’épaule vers le passé chargé tout en projetant -mine de rien- des souhaits en direction du futur.

Bon, dans l’absolu, un vœu bien fait sonne de la racine du désir jusqu’au bout des cheveux… et il s’accomplit puisqu’il sonne absolument juste! CQFD. Et bien ce n’est pas si simple, et… et comme je ne veux pas glisser sur ce terrain qui risque de m’emmener trop loin, je reste dans le ton, nous sommes le 31, pas le temps de digresser, j’ai encore deux trois trucs à écrire et une tarte à cuire… donc, tenter une petite chronique ébouriffée de nouvel an, le tout d’un coup de plume!

Les bons vœux donc!
J’aime bien entendre la série de souhaits-résolutions qui suit inévitablement minuit. Certaines s’apparentent aux listes de mariage et on peut dater la plupart, c’est à dire donner l’âge de Jacadi
«j’arrête la cigarette», cet incontournable sortira rarement de la bouche d’un sauvageon.
«Je change de boulot» pour les aventuriers qui lorgnent tout de même sur les rives fonctionnaires.
“J’apprends le piano. Ou l’italien. Ou le macramé.”Ou Dieu sait quoi encore.
«je m’ouvre à la différence» j’arrête de prendre des boulets rouges» «j’évite de me plomber» «je trouve un éditeur qui m’aime»je deviens une star» “Je trouve le Prince Marcel et j’arrête les Gros Cons»…

On pourrait continuer longtemps mais ma tarte proteste!

Jusqu’à un certain point d’inconscience ou d’endormissement (les psy préfèreront le premier terme, De Mello, l’un de mes chouchous, opte pour le second) on ne connaît du futur qu’un seul temps: le futur «antérieur». je ne vous parle pas de celui qui consiste à bramer «J’aurai voulu être un artiste au lieu de brasser des millions dans ma tour de verre».
Je parle du futur tellement «empoissé» par le déjà-vécu qu’il ressemble à un feuilleton vu et revu, un temps composé à deux parties, l’antérieure plombée comme un cul de percheron, la postérieure naseaux au vent, juste assez idyllique pour vous arracher un sourire rêveur même si vous n’y croyez pas une seule seconde!

On ne croit pas assez à son futur parce qu’on a peur de son passé. On en a tendance à le voir comme une sorte de monstre des profondeurs affecté de bipolarisme,capable de surgir à n’importe quel instant pour pourrir l’instant futur, justement. Enfin le moment présent. Puisqu’on le redoute par anticipation. Et plus pervers qu’un futur pourri anticipé, et bien faut chercher!

Autrement dit souhaitons-nous du «présent» pour 2010 2011 -donc!- ou mieux encore une succession de présents vécus et savourés, puisque la seule éternité qui soit, le seul moment vécu, la seule possibilité de créer est bien dans ce cadeau là, l’éternité du moment «donné», le présent.
Et beaucoup, beaucoup de légèreté pour équilibrer quelques boulets, collectifs ou perso.

PS (de l’an passé): je suis très contente de ma «dernière journée». une belle façon d’enterrer 2009. J’ai avancé comme la foudre ma pièce de théâtre (j’hésite sur le titre, donc je ne le donne pas ici) j’ai cuisiné, il me reste à brûler des bougies et méditer avant de plonger dans le monde, les autres, et les bons vœux…
mais comme je vous disais, demain je recommence…

RPS (de l’an neuf): la pièce est en bonne voie(voix) après une ré-écriture (elle n’en demande plus qu’une dernière!) et l’an passé, l’espace d’un retournement, je me suis trouvée propulsée en plein rêve… j’écris, donc.

Ces derniers temps, les méandres m’ont conduite -plus ou moins de bon gré- à regarder l’égo dans le dessin de mon tapis.

Quand on écrit, qu’on se dévoile à un public, l’ego joue fatalement un rôle, et pas des moindres. On me dira qu’un boucher-charcutier aussi possède un ego, j’en conviens d’autant plus volontiers que s’il y a une notion qui m’a toujours agacée c’est bien celle de «l’artiste» et sa place à part. Le «Oui mais je suis un artiste, donc je pense et je ressens pas pareil» ou, pour faire large, la terrible et formidable sensibilité de l’artiste qui semble résumer son être entier, ses égarements ou ses grâces.
Moi, j’ai tendance à revendiquer mon statut d’être vivant, debout de préférence et c’est déjà immense! (ou minuscule, c’est selon les jours et cela revient au même)
Il se trouve qu’en plus d’être vivante j’écris, je pense et ressens vivement, certes, mais je m’insurge contre cette étiquette façon panneau publicitaire: «Artiste, attention, convoi sensible». Je ne suis pas la seule à «sentir», Dieu merci, et les gens m’intéressent mille fois plus derrière l’étiquette que réduits comme des têtes Jivaro.
Encore une raison d’aimer les enfants. Il ne s’agit pas d’angélisme, plutôt de cette liberté du monde des «encore neufs» qui se passe de façades, de masques ou de conventions. J’aime la compagnie des enfants, j’aime les regarder car ils jouent pour jouer, et vivent «sérieusement». Les adultes, il me semble, jouent gravement à cache-cache derrière les étiquettes -sociales, pro, culturelles, etc- tant et si bien qu’ils finissent par y croire. Ils sont dentistes ou artistes ou PDG, Mère ou Ministre -quelquefois les deux- et en oublient d’être qui ils sont…

Pour en revenir à l’ego et à l’écrivain, c’est un vrai travail de conscience, déterminer quelle place l’ego prend, quel jeu il édicte, quelles illusions il peut générer. Car l’ego est un grand pourvoyeur d’étiquettes. Écrivain maudit, écrivain connu, écrivain de salon, écrivain populaire, écrivain qui pense, écrivain qui souffre, écrivain qui passe à la télé, écrivain qui mange la soupe ou qui crache dedans, etc, etc. La liste est loin d’être close, elle pourrait faire un roman, n’en déplaise à mon ego qui se contentera de quelques paragraphes.

Ma vie en creux et en envols m’a menée doucement à prendre conscience d’une chose assez surprenante à propos de mes textes -publiés ou dans le tiroir, acceptés ou au contraire refusés. Plus cela va, plus je me détache facilement d’eux. Rien à voir avec de l’indifférence ou du reniement, non, plutôt le détachement de l’être et du faire. L’ego, je crois, se dilue de plus en plus aisément face à la réalité.
Pas très clair, tout ça… pas simple à expliquer, mais très «sensible» à vivre!

Pour être plus explicite, je prendrai l’exemple de “Vestine, une légende noire”. Ce monologue a été la source de plein de petits et grands bonheurs -et l’ego s’est régalé!- d’abord parce qu’il est entré dans une maison prestigieuse, ensuite parce qu’il m’a valu des retours incroyables, des compliments dont beaucoup d’auteurs rêveraient. Mais… mais j’ai réalisé aussi que je n’étais pas «que» l’auteur de ce texte.
Je mange -et pas encore grâce à lui!- je vis, je carambole, il m’arrive de me cogner à des aspérités comme tout un chacun. Et puis le texte vit sans moi! Depuis j’ai écrit, notamment un scénario à quatre mains, quelque chose de tout à fait différent! Léger, plutôt joyeux, rien à voir avec “Légende noire”. Rien d’aussi grave, rien d’aussi profond, rien d’aussi «Beau»…. Et je remercie ma nature d’avoir pu jouir de cette liberté là, car je n’ai pas boudé mon plaisir, j’ai été très sérieusement dans le jeu de la légèreté et d’un terrain encore inconnu -le scénario.
Je crois que si j’avais cru à mon ego -ou à ses illusions- je me serais fatalement posé la question du sérieux de l’affaire, de mon statut d’écrivain: celle qui a publié “Vestine, une légende noire” et qui reçoit de très beaux compliments pour ça, peut-elle écrire “Les pieds dans l’eau” ?
(NB: co-écrit avec Benjamin Nicolas, je le cite, mon camarade «Mec», d’autant qu’il n’a pas hésité à me houspiller, me pousser et à tailler allègrement dans mes paragraphes en se fichant complètement de mon statut!!)
Et bien oui, elle peut, et avec allégresse en plus!

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