Le parcours du combattant ou un ruisseau qui va au fleuve ?
juillet 28, 2008
Un mail est tombé, Sarah Funel, l’attachée de presse des 400 Coups, m’écrit, je cite « Il s’est vendu à 330 depuis parution. C’est un bon chiffre par rapport à nos autres titres en littérature »
J’avoue que pour le « coup » je n’ai pas grimpé au plafond, ni chuté à la cave non plus, qu’on se rassure, je suis encore suffisamment lucide sur l’édition pour en connaître les difficultés… Mon premier recueil avait fait un « beau » score avec la réédition, environ 3000 exemplaires, du moins je le suppose, le service après-vente de certaines maisons laissent un peu à désirer question transparence et commodité…
Il n’empêche, je continue à m’étonner de la frilosité de nos médias quand il s’agit de parler de la nouvelle ou de la promouvoir. Le genre implique-t-il –sauf miracle nommé Gavalda- la quasi clandestinité ? A moins bien sûr d’avoir un nom déjà pailleté en suffisance pour espérer attirer l’attention du journaliste-chroniqueur !
Je ne suis plus tout à fait profane en la matière et je me balade aussi des deux cotés de la barrière – auteur, lectrice « pro », jurée, lauréate, acceptée, refusée- j’ai vu comment cela fonctionnait, de la petite à la moyenne maison d’édition et même dans certaine maison importante pour qui je travaille. Quelles que soient les différences, les circonstances, les aléas et les lois du marché, il reste une étape incontournable, celle de la promotion.
Un petit casse-tête chinois en guise d’exemple : certains lecteurs me demandent quand je passe dans telle ou telle ville faire une signature… Ma foi, pas tout de suite ! Pour « signer » un livre il faut être connu un tant soit peu (le serpent qui se mord la queue, me direz-vous) et si par miracle on décroche le pompon (il existe des libraires un peu fous, forcément indépendants, qui invitent les auteurs peu connus) mieux vaut savoir où l’on met les pieds : le chaland est avide de gloires estampillées- et à la télé c’est encore mieux !
J’écarte la librairie de « son » quartier (voir « les aventures d’une signeuse » ). Restent les salons du livre, qui demandent autant de patience que d’humilité pour un résultat souvent peu probant.
Chacun a sa stratégie et j’ai peut-être trop usé mes sandales au long de ce parcours du combattant, justement, pour foncer le cœur battant droit dans les miroirs aux alouettes (ça casse et ça pique !) Dix ans de concours de nouvelles, quelques salons –polar surtout- ça vous met du plomb dans le cerveau et un peu dans l’aile, je parle des illusions ailées bien sûr, pas de ma face angélique que je ne voudrais pas déplumer. Mes plumes me sont utiles, toutes sans exception !
Alors quoi faire ? La retap dans les salons-où-il-faut-absolument-serrer-des-mains ou dans la boîte branchée et parisienne du moment? Pas vraiment dans ma nature.
Internet ? C’est fait !
Le siège des rédactions culture ? heu…juste un mail qui n’a rien donné, les réponses c’est pas des masses dans la politique des Grands occupés. D’ailleurs, si je m’y colle vraiment à ces soirées branchées, j’écris quand ? Planquée dans les toilettes du dernier salon où l’on cause ? Ou bien entre 3 et 4 heures du mat, grisée par les bulles de champagne ou mieux encore par l’absinthe qui rend fou et forcément génial ?
On peut aussi être écrivain et normal, c’est ce que je me tue à répéter aux gens qui me trouvent vachement « humaine ». J’ai pas encore de puce bionique et je dors comme tout le monde (d’où mon incapacité à arpenter tous les fronts justement, du salon salonnard au mien de salon, où trône mon ordinateur).
Je ne suis pas non plus une bête de plateau télé (pas celui qui se mange, l’autre) mais après tout z’ont qu’à m’inviter pour voir, ça pourrait faire un carton ! Je regarde cette surenchère médiatique, la frénésie d’être là où il faut –the right man in the right place- sous les sun-lights, la façon de parler haut et fort, accrocheur et provocateur parfois qu peut vous aider à décrocher la queue du Mickey… Oui, mais encore ?
Inutile de mentir, je ne suis pas prête à changer ma « normalité » contre un plumeau de paon pour séduire les zappeurs-blasés-branchés ; je persiste à croire qu’on peut y arriver autrement.
Et je me demande, avec ces 330 exemplaires, si ma petite rivière finira par se jeter dans le grand Fleuve au lieu de prendre son temps dans les méandres.
En attendant, j’ai un texte sur le feu…
O temps suspends ton vol sur ma corde à linge…
juillet 8, 2008
Trois mois que « L’amour-carburant » est sorti, sans compter les poussières…
J’entre dans une période doublement ambiguë, celle des vacances d’abord, tout ralentit, le rythme général s’apaise (pas le mien, ce doit être un credo personnel, à ce point !) et celle du temps qui file avec les questions en cortège « Alors ton livre se vend bien ? » « Tu as eu d’autres articles ? Et les répercussions ? » etc, etc.
Délibérément, je n’en sais trop rien. J’ai décidé une fois pour toute que je harcèlerai pas mon éditrice et sa maison d’accueil, les 400 coups, question de confiance et aussi philosophie intime…
Je clique néanmoins régulièrement sur le net pour traquer l’éventuel article, je m’aperçois que l’on parle du livre décidément bien davantage au Québec, je fais mes premières armes de blogeuse, des armes enfantines comparées à ce qui se produit sur la toile, tant pis, j’aime bien l’aventure qui consiste à dire les choses qui me ressemblent même si ce n’est guère formaté et que je manque d’habileté en la matière.
Petit rappel en forme de « 4eme de couv’ » :
L’amour est un carburant propre parle de rencontres hasardeuses et charnelles, de transgressions multiples, de coups de lune et d’ange en plastique, de vérité cachée dans un caillou, de grain de sable et de tempêtes, du hasard des fléchettes ou du mystère des chaussettes dépareillées, de tranches de vie et de tournants en épingle à cheveux, de saut de puce, de l’ange, de grande et de petites morts… avec en guise de fil rouge la quête du vif !
J’aime ces récits, j’aimerais qu’on les aime, que le bouche-à-oreille fonctionne, que la nouvelle ne soit pas un ghetto littéraire, que les journalistes soient suffisamment curieux pour s’aventurer à lire « ailleurs » plutôt que d’arpenter les terrains rebattus (selon les prescriptions commerciales de la norme très calibrée) bref, j’ai beaucoup de désirs et ceux-là ne relèvent pas que de l’ego repu, ce serait trop fastoche, un peu de profondeur supplémentaire pour la griserie du vertige…
La vie, qui est bien faite selon les véritables sages, m’empêche de totocher trop longtemps sur les aléas de l’édition ou la condition de l’écrivain. D’abord je travaille trop pour m’arracher les cheveux (notamment à mes lectures pro). Ensuite, surtout, j’écris de nouveau et ce n’est pas de la tarte ! Cette fois (ce n’est pas la première, qu’on se rassure !) je m’attaque au roman, format nettement plus présentable selon les normes éditoriales en vigueur, faut-il le rappeler…
Mon roman-casserole, mon récit à l’aveuglette, un truc encore biscornu, une mosaïque qui va cahin-caha, il lui manque les pieds et de l’ordre, des chapitres, un personnage et un fil rouge qui tienne l’ensemble et l’harmonise.
Tantôt il m’effraie – mon envie de renouvellement n’a rien de confortable, et le fil narratif me mène vers des régions mouvantes- tantôt il m’aiguillonne – si je réussis à « dire comme je sens » il sera extra !
Pour pimenter la chose, j’ai intérêt à ne pas trop m’égarer et à boucler tout ce qui pourra l’être avant la rentrée ; celle-ci ressemble à un fourre-tout à têtes multiples (les ancêtres parlaient d’hydre) et moi au milieu de tout ça il va falloir que je tienne le choc !
Il n’empêche je me tiens là, entre un recueil déjà né et un récit à venir, qui m’alourdit un peu et me nourrit tout à la fois… En vérité et pour nouer la boucle : ce n’est pas que je tienne à suspendre le temps au bout de mes pinces à linge, plutôt qu’il soit donné à « L’amour est un carburant propre » l’occasion de se dilater à sa guise et faire des ricochets…
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Pour aider les ricochets, il m’arrive aussi d’écrire-dessiner des mantras
