la médaille de l’envers…
décembre 22, 2008
J’aime bien chercher sous les apparences, j’aime comprendre « sous la peau”, dans la vie comme en écriture…Alors je n’allais pas bouder l’occasion, un peu difficile, lorsque mon ordinateur a été volé –entre autre…
La hantise de l’auteur !
Et quand ledit auteur sauvegarde assez mal ses textes tous les 36 du mois… heureusement j’ai encore l’essentiel, le reste c’est un peu de travail qui se retrouve ou se ré-écrit, ou bien s’oublie sans regrets.
Les textes qui moisissent dans les tiroirs virtuels, finalement…
Les mots sont comme les vivants, ils respirent mieux à la lumière, on se les passe, on les repose, on s’en rappelle un peu, leur trace loge parfois dans un souvenir diffus, une impression de lecture, vague ou aiguë.
Je m’aperçois avec le temps que ne suis pas une collectionneuse de textes avortés. Et cela me rend plus « écrivain » en un sens, ce plaisir à voir les mots vivre, les retours de lecteurs, les textes repris au théâtre, manipulés autrement, dits par d’autres bouches, parfois avec d’autres intentions que les miennes. Une fois lâchés en public, ils ne sont plus tout à fait à moi et c’est tant mieux.
Au théâtre, justement, on m’a souvent dit que j’étais un auteur plaisant. Encore vivante mais pas tyrannique, acceptant des coupes, des changements. Il m’est même arrivé de ne pas reconnaître des tirades que j’avais écrites parce qu’elles étaient passées par un autre « tamis ».
La liberté que prennent les mots me ravit.
En ce sens, le lecteur a « toujours raison ». On peut chercher à comprendre un écrivain et son œuvre, débattre avec lui des intentions, de l’implicite, on peut raisonner intelligemment mais l’impression de lecture est intime et irréfutable.
Les nouvelles de « l’amour est un carburant propre » sont qualifiées diversement ; acides, légères, crues, un peu désespérées, teintées d’humour, etc.
Chaque lecteur s’approprie une cadence ou une couleur. Je m’étonne parfois mais je ne m’insurge jamais, j’aime trop la liberté de celui qui lit pour lui expliquer quoi trouver dans mes textes.
Les mots voyagent à leur guise, ils trouvent des chemins, font des ricochets, créent des échos… Je les regarde vivre à l’occasion, comme un jardinier regarde pousser ses plantes et puis je vais semer ailleurs.
L’arroseuse arrosée -joliment- ou le retour de Gaëlle sur mes conseils de lectrice
décembre 10, 2008
C’est l’histoire d’une fille qui ne lâche rien. En tout cas, pas sur ce que vous lui faites lire. Quelqu’un qui lit avec ses tripes, ses sentiments, et ce qu’elle est. Qui lit à la fois dans sa chair et à fleur de peau. En profondeur et en surface. Qui lit aussi avec son expérience, et son oeil aiguisé, de lectrice professionnelle.
Quand vous donnez quelque chose à lire à Virginie, vous ne le donnez pas à un vague pote qui sera forcément émerveillé par votre superbe prose. Vous le donnez à quelqu’un d’exigeant, pour qui rechercher la justesse est une ligne de conduite.
Non, quand vous rentrez en littérature avec Virginie, elle ne lâche rien. Elle renvoie des échos de fond, des pistes de travail sur la forme, et ne se contente pas d’un à peu près. Elle vous dit « il me semble que… » ou « Tu devrais rechercher du côté de… », et au moment où elle le dit, vous savez qu’elle a raison. Pour autant, elle ne fait pas le boulot à votre place. A aucun moment, elle ne fait, elle, le travail de réécriture. Alors oui, il vaut mieux le savoir: vous en bavez!!! Mais que de jubilation, aussi, de voir au fil du temps les choses s’affiner sous votre clavier…!
Serait-elle donc un professeur sinistre et rigide, a l’exigence dénuée d’humanité???
Que Nenni! Car attention, dans ce que Virginie ne lâche pas, il y aussi votre main. Hésitante, complexée, retenue, qui n’ose pas toujours, qui ne sait pas comment… C’est compliqué, et inquiet, la main d’un auteur. Virginie veut le meilleur, mais sait aussi transmettre ses encouragements. Dire qu’elle y croit. Renvoyer le positif. En bref, mettre du charbon dans la chaudière, de telle sorte que la loco de votre création avance encore un peu. Il y aurait quelque chose d’étonnant à ce que le sourire qui vous accueille quand vous la rencontrez ne vous porte pas quelques heures, quelques jours, ne se rappelle pas à vous quand vous faites mine de désespérer et de lâcher l’affaire.
Alors c’est un grand bonheur, oui, que de voguer en sa compagnie au fil d’un « échange » littéraire (le mot « conseil » me semble en deça de l’aventure, peut-être trop à sens unique). Elle vous écoute, écoute votre texte, et s’y glisse pour en tirer le plus beau, en respectant votre univers, votre style, votre « patte ». Je doute fort qu’elle essaye jamais de tirer la couverture à elle. En revanche, qu’elle vous aide à en tricoter une qui vous convienne, certainement.
C’est une histoire à 3: un texte, son auteur, et Virginie. Une histoire charnelle et sentimentale, ou rien n’est anodin, ou rien n’est laissé au hasard.
Une belle histoire.
Gaëlle Pingault
NB: l’intégrale de sa lettre…Pour info, Gaëlle va sortir son recueil avant la fin de l’année chez un petit éditeur
Le parcours du combattant ou un ruisseau qui va au fleuve ?
juillet 28, 2008
Un mail est tombé, Sarah Funel, l’attachée de presse des 400 Coups, m’écrit, je cite « Il s’est vendu à 330 depuis parution. C’est un bon chiffre par rapport à nos autres titres en littérature »
J’avoue que pour le « coup » je n’ai pas grimpé au plafond, ni chuté à la cave non plus, qu’on se rassure, je suis encore suffisamment lucide sur l’édition pour en connaître les difficultés… Mon premier recueil avait fait un « beau » score avec la réédition, environ 3000 exemplaires, du moins je le suppose, le service après-vente de certaines maisons laissent un peu à désirer question transparence et commodité…
Il n’empêche, je continue à m’étonner de la frilosité de nos médias quand il s’agit de parler de la nouvelle ou de la promouvoir. Le genre implique-t-il –sauf miracle nommé Gavalda- la quasi clandestinité ? A moins bien sûr d’avoir un nom déjà pailleté en suffisance pour espérer attirer l’attention du journaliste-chroniqueur !
Je ne suis plus tout à fait profane en la matière et je me balade aussi des deux cotés de la barrière – auteur, lectrice « pro », jurée, lauréate, acceptée, refusée- j’ai vu comment cela fonctionnait, de la petite à la moyenne maison d’édition et même dans certaine maison importante pour qui je travaille. Quelles que soient les différences, les circonstances, les aléas et les lois du marché, il reste une étape incontournable, celle de la promotion.
Un petit casse-tête chinois en guise d’exemple : certains lecteurs me demandent quand je passe dans telle ou telle ville faire une signature… Ma foi, pas tout de suite ! Pour « signer » un livre il faut être connu un tant soit peu (le serpent qui se mord la queue, me direz-vous) et si par miracle on décroche le pompon (il existe des libraires un peu fous, forcément indépendants, qui invitent les auteurs peu connus) mieux vaut savoir où l’on met les pieds : le chaland est avide de gloires estampillées- et à la télé c’est encore mieux !
J’écarte la librairie de « son » quartier (voir « les aventures d’une signeuse » ). Restent les salons du livre, qui demandent autant de patience que d’humilité pour un résultat souvent peu probant.
Chacun a sa stratégie et j’ai peut-être trop usé mes sandales au long de ce parcours du combattant, justement, pour foncer le cœur battant droit dans les miroirs aux alouettes (ça casse et ça pique !) Dix ans de concours de nouvelles, quelques salons –polar surtout- ça vous met du plomb dans le cerveau et un peu dans l’aile, je parle des illusions ailées bien sûr, pas de ma face angélique que je ne voudrais pas déplumer. Mes plumes me sont utiles, toutes sans exception !
Alors quoi faire ? La retap dans les salons-où-il-faut-absolument-serrer-des-mains ou dans la boîte branchée et parisienne du moment? Pas vraiment dans ma nature.
Internet ? C’est fait !
Le siège des rédactions culture ? heu…juste un mail qui n’a rien donné, les réponses c’est pas des masses dans la politique des Grands occupés. D’ailleurs, si je m’y colle vraiment à ces soirées branchées, j’écris quand ? Planquée dans les toilettes du dernier salon où l’on cause ? Ou bien entre 3 et 4 heures du mat, grisée par les bulles de champagne ou mieux encore par l’absinthe qui rend fou et forcément génial ?
On peut aussi être écrivain et normal, c’est ce que je me tue à répéter aux gens qui me trouvent vachement « humaine ». J’ai pas encore de puce bionique et je dors comme tout le monde (d’où mon incapacité à arpenter tous les fronts justement, du salon salonnard au mien de salon, où trône mon ordinateur).
Je ne suis pas non plus une bête de plateau télé (pas celui qui se mange, l’autre) mais après tout z’ont qu’à m’inviter pour voir, ça pourrait faire un carton ! Je regarde cette surenchère médiatique, la frénésie d’être là où il faut –the right man in the right place- sous les sun-lights, la façon de parler haut et fort, accrocheur et provocateur parfois qu peut vous aider à décrocher la queue du Mickey… Oui, mais encore ?
Inutile de mentir, je ne suis pas prête à changer ma « normalité » contre un plumeau de paon pour séduire les zappeurs-blasés-branchés ; je persiste à croire qu’on peut y arriver autrement.
Et je me demande, avec ces 330 exemplaires, si ma petite rivière finira par se jeter dans le grand Fleuve au lieu de prendre son temps dans les méandres.
En attendant, j’ai un texte sur le feu…
O temps suspends ton vol sur ma corde à linge…
juillet 8, 2008
Trois mois que « L’amour-carburant » est sorti, sans compter les poussières…
J’entre dans une période doublement ambiguë, celle des vacances d’abord, tout ralentit, le rythme général s’apaise (pas le mien, ce doit être un credo personnel, à ce point !) et celle du temps qui file avec les questions en cortège « Alors ton livre se vend bien ? » « Tu as eu d’autres articles ? Et les répercussions ? » etc, etc.
Délibérément, je n’en sais trop rien. J’ai décidé une fois pour toute que je harcèlerai pas mon éditrice et sa maison d’accueil, les 400 coups, question de confiance et aussi philosophie intime…
Je clique néanmoins régulièrement sur le net pour traquer l’éventuel article, je m’aperçois que l’on parle du livre décidément bien davantage au Québec, je fais mes premières armes de blogeuse, des armes enfantines comparées à ce qui se produit sur la toile, tant pis, j’aime bien l’aventure qui consiste à dire les choses qui me ressemblent même si ce n’est guère formaté et que je manque d’habileté en la matière.
Petit rappel en forme de « 4eme de couv’ » :
L’amour est un carburant propre parle de rencontres hasardeuses et charnelles, de transgressions multiples, de coups de lune et d’ange en plastique, de vérité cachée dans un caillou, de grain de sable et de tempêtes, du hasard des fléchettes ou du mystère des chaussettes dépareillées, de tranches de vie et de tournants en épingle à cheveux, de saut de puce, de l’ange, de grande et de petites morts… avec en guise de fil rouge la quête du vif !
J’aime ces récits, j’aimerais qu’on les aime, que le bouche-à-oreille fonctionne, que la nouvelle ne soit pas un ghetto littéraire, que les journalistes soient suffisamment curieux pour s’aventurer à lire « ailleurs » plutôt que d’arpenter les terrains rebattus (selon les prescriptions commerciales de la norme très calibrée) bref, j’ai beaucoup de désirs et ceux-là ne relèvent pas que de l’ego repu, ce serait trop fastoche, un peu de profondeur supplémentaire pour la griserie du vertige…
La vie, qui est bien faite selon les véritables sages, m’empêche de totocher trop longtemps sur les aléas de l’édition ou la condition de l’écrivain. D’abord je travaille trop pour m’arracher les cheveux (notamment à mes lectures pro). Ensuite, surtout, j’écris de nouveau et ce n’est pas de la tarte ! Cette fois (ce n’est pas la première, qu’on se rassure !) je m’attaque au roman, format nettement plus présentable selon les normes éditoriales en vigueur, faut-il le rappeler…
Mon roman-casserole, mon récit à l’aveuglette, un truc encore biscornu, une mosaïque qui va cahin-caha, il lui manque les pieds et de l’ordre, des chapitres, un personnage et un fil rouge qui tienne l’ensemble et l’harmonise.
Tantôt il m’effraie – mon envie de renouvellement n’a rien de confortable, et le fil narratif me mène vers des régions mouvantes- tantôt il m’aiguillonne – si je réussis à « dire comme je sens » il sera extra !
Pour pimenter la chose, j’ai intérêt à ne pas trop m’égarer et à boucler tout ce qui pourra l’être avant la rentrée ; celle-ci ressemble à un fourre-tout à têtes multiples (les ancêtres parlaient d’hydre) et moi au milieu de tout ça il va falloir que je tienne le choc !
Il n’empêche je me tiens là, entre un recueil déjà né et un récit à venir, qui m’alourdit un peu et me nourrit tout à la fois… En vérité et pour nouer la boucle : ce n’est pas que je tienne à suspendre le temps au bout de mes pinces à linge, plutôt qu’il soit donné à « L’amour est un carburant propre » l’occasion de se dilater à sa guise et faire des ricochets…
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Pour aider les ricochets, il m’arrive aussi d’écrire-dessiner des mantras
De l’utilité d’évoluer ou la théorie des vases communicants revue et corrigée par une tricoteuse de liens.
juin 28, 2008
♥
Hier, ma fille aînée, (laquelle est une lectrice gourmande depuis longtemps et une Merveilleuse par nature) ma fille donc me disait qu’après avoir lu mon dernier recueil de nouvelles –qu’elle a adorées !- elle s’était replongée dans « Les hommes sont des petits poucets » pour comparer… Elle avait lu ces nouvelles à leur sortie, elle avait alors 14 ans.
Le constat est flagrant. Si elle reconnaît parfaitement ma pâte, elle a noté la densité du noir, une désespérance qui s’est depuis comme allégée, traversée par la légèreté et une lumière évidente. Autant dire que l’écriture est une manière de se dénuder imparable, quelle que soit la fiction qui vous occupe.
Cette idée là me ravit. J’écris comme « je suis », je n’avance pas dans la vie sans avancer dans l’écriture, réalité et fiction ne sont pas deux citernes étanches mais des vases communicants et si besoin était de preuve, en voilà une écrite noire sur blanc !
Le plus magique de la chose c’est que j’écris souvent à « l’aveuglette », poussée par une nécessité dont je ne distingue par toujours la forme, branchée à un canal que je me contente de deviner. Je pourrais le nommer « Inspiration » au sens noblement profond du terme, car le mot est chargé d’images d’Epinal, sauf à le dépoussiérer. Il y a derrière cette nécessité une part de moi, l’impalpable, la magicienne…
Je ne suis pas un écrivain à « plan » -ni quinquennal ni carriériste. La structure d’un récit se développe en moi, de façon quasi charnelle, je ne trouve pas d’autre image, et s’il m’arrive, surtout en cas de roman, de noter quelques idées ou développements sur une feuille (que je m’empresse d’égarer après) je « préfère » que toute cette cuisine se concocte en interne (je n’ai guère le choix du reste, chassez le naturel…)
Je peux ainsi porter longtemps une histoire et des personnages, sans trop m’en préoccuper d’ailleurs. Moi qui suis capable de pinailler indéfiniment pour comprendre la substantifique moelle, moi la tricoteuse incurable de liens, celle qui a besoin de la caution des mots clairement énoncés, d’une pensée lumineusement reconnaissable, moi qui cherche des échos chez les maîtres penseurs, j’arrive à lâcher prise sur mes propres fictions, convaincue dans le fond qu’elles se développent à mon insu. Un jour, tôt ou tard, l’instant magique arrive, qui dénoue un passage, une intrigue, qui livre un tournant, un rebondissement. Sans doute est-ce là le plus savoureux de mon labeur. Et j’aime savoir et sentir que je suis branchée à une part qui me dépasse…
Cela ne veut pas dire que je ne « souffre » pas dans l’écriture. Celle-ci peut être laborieuse, résistante, fuyante, parfois je cavale derrière comme une dératée (pourquoi me vient l’image du petit garçon coursant un oiseau pour lui saupoudrer la queue de sel?)
La cuisine de mon roman –celui qui est en suspens, mon roman casserole comme il m’arrive de l’appeler, qui s’éternise et roule derrière moi en guirlande de voiture à mariés- fera l’objet d’une autre chronique…mais à intervalles, le bougre me fait trépigner d’impuissance, il est si « gros » et moi je m’entête à le porter, je m’efforce de sentir la danse naître, harmonie dans mon ventre, comme si c’était ma chair même qui prenait les commandes…
Il y a des jours où je me demande pourquoi je suis pas plus intellectuelle et déraisonnable »…Et il y a d’autres jours où je me demande pour quoi je ne suis pas, au choix: Barbie au pays des cocktails-palmiers, Mozart, un génie heureux –qui crée sans maudire- un sage bouddhiste, une jouisseuse légèrement décérébrée -Barbie en mieux-, un arbre -tranquille, pas de ceux qu’on vient raccourcir dans la forêt amazonienne ou assaisonner de monoxydes en plein Paris- une montagne et même un galet modeste et serein, bref….
A mes yeux, un intellectuel est un « maîtriseur » de pensée. Certains m’émerveillent par leur brio, d’autres m’effleurent sans me toucher. N’importe, ils parlent haut et clair et les citations qu’ils font tombent toujours à pic, pile poil au pinacle d’une pensée bâtie en altitude. J’admire leur capacité à tenir la bride à leur raisonnement. Le mien s’emballe trop souvent pour que je me laisse qualifier d’intellectuelle sans renâcler (non, la jument verte n’était pas ma grand-tante, faut pas pousser non plus).
Pour l’écriture c’est pareil. Il y a des écrivains rigoureux, qui vont leur chemin du point A au point Z, les yeux ouverts, sachant peu ou prou quels méandres ils exploreront. C’est une chose qui me surprend, qui peut me faire envie mais que je ne sais pas pratiquer car telle n’est pas ma nature. Le plus drôle de cette histoire c’est que pour en arriver à ce constat il a fallu céder à l’évidence –parfois effrayante- que mon intuition me guide et qu’il ne sert à rien de lui résister…Je ferme les yeux, je trébuche, je repars mais si je triche avec cette nature, que j’entrouvre l’oeil pour voir et me rassurer, je m’aperçois que je me plante encore plus sûrement, l’écorchure est sévère… Il serait illusoire de me ranger dans la catégorie bipède raisonneur à sang-froid. Plutôt résonneuse à échos…
Bon, je ne sais plus où j’en étais… ça c’est justement développé « tout seul ». Alors je reprends mon titre (un peu de recentrage) pour aboutir à cette conclusion que l’écriture m’accompagne, m’habille ou me dévêt, ô combien révélatrice de mon cheminement.
Il y a de la lumière et de la légèreté toute neuve en moi (quelques années à peine) et un regard sur le monde plus indulgent et engagé à la fois, une conjonction des méandres (pensée, vie, désirs, quotidien, chagrins, leçon, expériences, rencontres et tout le toutim…)
L’essentiel est d’éviter le piétinement. Dans la vie, quelle évidence, et dans l’écriture, corollaire tout aussi évident !
A l’orée de l’écriture (j’y suis justement ! deux mois pour cela !) je deviens comme une enfant curieuse au bord d’un territoire encore caché. Je ne sais pas ce que je vais découvrir de moi-même et du monde, je fais confiance même si je suis tentée aussi par la maîtrise supposée de mon âge…
Les enfants sont des aventuriers véritables qui ne se posent jamais la question des bagages. Alors l’adulte, la grande, la raisonneuse laisse la bride à l’enfant intérieur. Lui et moi nous vase-communiquons…
PS : ultimes corrections après avoir reçu l’avis d’un ours-cow-boy qui me connaît et me regarde « bien »
Trivialités et Merveilles…
juin 28, 2008
Ω
Le métier de l’écriture est une drôle de chose, d’autant plus singulière que l’écrivain bosse reclus et pour ce que la rumeur populaire en sait, il pourrait tout aussi bien faire une sieste, siroter une absinthe (pour le génie défaillant) ou jouer aux billes (cultiver son enfant intérieur)…
Pour beaucoup, écrire ce n’est pas travailler. C’est parfois très mal payé, (une rentabilité à faire pâlir d’envie un colleur d’étiquettes) ça ne sent pas la javel, ne donne pas droit à des tickets restau, et cela pourrait même vous faire passer pour dilettante… dilettante de cachets, sans doute, mais quant à croire qu’on peut allier paresse rêveuse et succès éditorial, mieux vaut oublier, car un écrivain sérieux est un pinailleur, acharné sur sa copie.
Le jour où l’on est publié, toutefois, votre entourage -du charcutier traiteur à la grand-tante- a tendance à vous considérer autrement… Vous devenez un « artiste » et vos éventuels coups de lune se trouvent ainsi justifiés. Quant au rapport qu’on entretient avec sa propre image, c’est une autre histoire…
Pour ma part j’ai décidé une fois pour toute de ne pas me réduire à un rôle, même aussi glorieux, je ne porte pas de plume à la boutonnière et je me fais ménagère quand je torchonne, mère de famille quand je croise mes filles, lectrice quand je lis pro (en mettant au tiroir mes goûts perso) AVS quand j’assiste. Ce qui ne m’empêche pas de sacrifier aux affres qu’on imagine, de trébucher dans les pièges de l’ego, ceux de la légitimité, ou de rosir quand un lecteur me dit son plaisir ou son trouble.
Au cours de mes pérégrinations d’auteur, j’en ai rencontré d’autres et j’ai pu apprécier la diversité de la population… l’écrivain aspirant et maudit qui rêve de pourfendre les éditeurs, l’auteur publié mais-pas-encore-connu, ou un brin –l’échelle varie et ces degrés sont subtils- l’écrivain bourlingueur de longue date qui vit, respire et s’habille écrivain, l’écrivain frustré qui n’a jamais écrit, j’en passe de plus saisissants…
Je suis passée par là, j’y repasse parfois, mais depuis 15 ans que je m’y colle je suis moins dupe des pièges et j’ai appris au moins une chose : quand l’écriture n’est pas une fanfreluche mais une nécessité, elle devient un outil à fonctions multiples, mieux que le couteau Suisse. Un outil de connaissance intérieure et une façon de regarder l’autre, le monde, d’apprendre à vivre, « d’ouvrir » large.
Longtemps, j’ai sacrifié à l’adage implicite : « Il faut souffrir pour avoir du talent ! » puiser au loin, au profond, dans le noir. Et puis la légèreté est venue, d’abord en acceptant les règles du jeu, même si elles ressemblent parfois à un casse-tête chinois (ou un mode d’emploi Ikéa, décidément il me tient celui là…)
Plaire aux éditeurs, arriver au bon moment, faire la rencontre heureuse, surfer sur la vague est une chose qui ne doit pas se faire au prix d’un reniement ni celui de la complaisance. Alors trouver l’équilibre… Accepter que je ne suis pas toujours une bête de concours du rond de jambe mondain (pourquoi pas les comices agricoles tant qu’on y est !) Prendre les refus pour ce qu’ils sont, des outils encore… Quant aux « oui », ceux qui vous assomment parfois autant que les « non » (j’ai testé ! 40 de fièvre à ma première « médaille » de concours) ils sont tout aussi formateurs, pour peu qu’on atterrisse après avoir lévité !
Mon dernier recueil est ma plus belle aventure éditoriale. Or, malgré quelques jolis échos, ce ne sont pas tant les circonstances extérieures et médiatiques qui expliquent mon plaisir (de ce côté-là, je brûle encore des cierges, je porte des toasts aux anges, et je m’agite pour trouver des idées brillantes de promo) mais plutôt parce que je « reconnais » ces textes. Je me répète, je sais, mais j’aime y revenir (championne toute catégorie quand il s’agit d’aller pinailler sur le sens des choses)…
Si je peux espérer la reconnaissance publique, la mienne vient en amont et cette légitimité est assez neuve, finalement… J’ai reconnu « L’amour est un carburant propre », l’enfant est officiel mais il y a plus encore… Je m’aperçois que j’attends moins la légitimation d’un éditeur. Et j’ai pu ainsi reconnaître d’autres textes, un recueil poésie (celui-là est en passe d’être publié, merci Neil !) une adaptation théâtrale montée –seulement – deux fois mais formidablement ! un témoignage refusé pour l’instant auquel je crois pourtant –j’y reviendrai dans une chronique, le sujet et ses formes le méritent !…
Et je comprends alors que ce n’est pas tant le but qui est essentiel que le cheminement qui mène à celui-là, la façon qu’on a de marcher, l’accord harmonieux entre soi et les autres. Etrange paradoxe de devenir soi pour mieux s’ouvrir au monde. J’y vois un secret « magique » aussi évident que compliqué, un paradoxe absolu comme je les aime, qui sonne un peu comme « De l’oeuf ou de la poule »…
De L’œuf ou de la poule ?
juin 28, 2008
Un mois et demi que mon livre est sorti en France, et au moins deux au Québec, ça c’était la cerise sur le gâteau parce que j’ignorais la chose…
Un article a entériné le passage (Montréal) un autre sur le site d’Encres vagabondes, le troisième (l’article très local et tant mieux pour lui)… les autres sont à venir, j’espère, doigts croisés, bougies votives, exercices de confiance qui hésitent entre Coué et Thich Nhat Hanh (pour ne citer que lui)
Ce qui nous mène à la problématique de l’écrivain bien planté dans son époque, lequel a tout intérêt à être connu pour se faire reconnaître…ou bien l’inverse ? De l’oeuf ou de la poule ? J’adore cette interrogation absurdement judicieuse…
Voilà en tout cas une occasion en or pour expérimenter la pratique du « ici et maintenant » un joyeux mélange de détachement, créativité, relativité, humour, lucidité, acceptation, confiance et j’en oublie de plus paradoxaux…
Parfois l’exercice est drôle, parfois nettement moins, parce que la « chance » de l’écrivain tient à tant de choses mêlées…
Il faut y croire sans forfanterie ni vanité, il faut y croire même en dépit des apparences et –ce qui est plus ardu- il faut y croire « à priori » sans préjuger du résultat… Car quel qu’il soit, cela ne doit pas entamer la confiance ni abattre l’écrivain… Notoriété ou pas, celui-ci doit continuer, remettre son ouvrage sur le métier, jouer les pénélope ou les sages ermites, sinon, autant se reconvertir au macramé (on fait des nœuds avec ses doigts plutôt qu’avec son mental, un embrouilleur de première)
Cette « fois » c’est différent… d’abord je me sens autre que celle qui sortait son premier recueil de nouvelles, en l’an 2000, et qui croyait que le ciel s’ouvrait pour lui dérouler son tapis rouge (une variante de mes ancêtres les gaulois et leur ciel en chute libre…plutôt Moïse et sa mer, tout aussi rouge que le tapis glorieux…)
Etre publiée s’apparente un peu au baccalauréat. J’ai donc passé l’examen aux éditions du Rocher. Un passage obligé pour la suite…la suite, justement, c’est la reconnaissance… Si celle du public reste en apparence circonstancielle, la reconnaissance intime ne relève que de soi.
Ma naïveté je ne la regrette pas, elle m’a appris des choses. Et puis j’ai eu aussi de belles surprises. La plus savoureuse ? Etre publiée en chinois (4 nouvelles du recueil « Les hommes sont des petits poucets ») parmi quelques écrivains majeurs pour une revue au titre évocateur, World Literature, tout un programme. Le mistigri du lot, c’est moi ! En guise d’estampille, on reconnaît ma bouille, pour le reste les idéogrammes chinois prennent beaucoup moins de place que le français.
Certes, « je ne mange pas » encore écrivain… cette douce assurance –« rassurance » !-, vivre de sa plume appartient encore au domaine du désir caressé.
Est-ce vraiment si grave ? Parfois oui, quand j’expérimente la pesanteur et la gadoue ambiante, les factures (ah, mon plombier !) la course aux boulots qui paient et qui plaisent…parfois il suffit d’un peu d’humour en regardant le monde autour. Ou regarder en dedans, regarder la forme de son désir, son moteur…
Pour la première fois, je reconnais pleinement un écrit. Il y a du noir dedans (comme tous les rieurs, j’ai une propension à m’y laisser glisser) mais aussi de la lumière, des paradoxes comme j’aime, une manière de raconter assez « impressionniste »… et surtout il y a adéquation entre mon regard et mon désir de dire. Voilà au moins une source de légèreté. La légèreté me paraît être un outil indispensable à l’écrivain, étendons d’ailleurs au plus large, à l’homme pensant…
De l’œuf ou de la poule ? De l’un et de l’autre évidemment, car l’œuf contient la poule –qui contient l’œuf- et le monde en réduction en prime !
Belle idée magique, non ?
Ø
Hier, un ami m’a gentiment envoyé un article du cru, après ma dédicace à la librairie locale et néanmoins St Germanoise (un vrai moment de plaisir, sans doute ma plus jolie signature, après les salons « polar » qui sont des mines de fous-rires).
L’évènement a eu lieu samedi 24 mai, publicité restreinte pour cause de ballon rond, un joueur de football venait le lendemain s’offrir aux foules déchaînées de ses supporters. Il avait eu droit à la banderole en plastoc et moi –outre la photocop A4 en noir et blanc- à des réflexions franchement désopilantes style « tu joues en première division maintenant ?…tu vas signer à côté de LUI ?? » Non…
40 exemplaires signés, même si je ne suis pas une routière de la chose, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer, j’ai revu des visages amis, d’autres inconnus j’ai reçu un superbe bouquet d’hortensias entre deux dédicaces (un petit côté star, j’adore et tant pis pour les clichés)…et j’ai répondu aux questions « blanches » d’une jeune journaliste qui aurait sans doute pu se trouver aux comices agricoles avec la même détermination.
Une question blanche c’est comme une copie avec consigne « vous avez deux minutes pour dire intelligemment tout ce que vous trouvez à dire sur votre actualité »
Le fait de réfléchir, le stylo à peine sec, en débitant la substantifique moelle de votre pensée, sourire à droite parce qu’on vous salue, acquiescer à gauche devant un œil écarquillé, et réaliser qu’on pastiche sa pensée parce qu’on a eu le temps de rien et que la question reste toujours aussi blanche, ça relativise les choses…
Le résultat est là, orné d’une photo qui révèle mon potentiel photogénique, c’est dire… (Comme tout un chacun, je n’aime pas vraiment poser, et puisque je souris souvent de toutes mes dents, j’arrive à avoir l’air niais avec beaucoup de facilité)
Là j’ai juste l’air de pas grand-chose, mais j’adore la mine de mes deux amies qui font « mur de garde » en groupies sérieusement littéraires…Quant au texte… hum…
L’exercice qui consiste à signer est une pratique que j’ai toujours trouvée un brin étrange.
Je distingue trois possibilités : soit vous êtes connu, estampillé « vu à la télé », en cours de médiatisation et tout se passe à merveille, vous n’avez même pas le temps de respirer, à peine le temps de penser, concentré sur la formule la plus percutante qui séduira les Madeleine, Catherine, Hortense et consorts…
Soit vous êtes inconnu au bataillon médiatique, et dans ce cas il faut prévoir une dose d’humour, de la sagesse -façon détachement bouddhiste et le sourire de Joconde qui va avec- sans compter une provision de mines de la mieux inspirée à la plus subtilement désinvolte –le détachement, encore et toujours !- pensive –rien ne se passe mais ça n’empêche pas d’être intelligent- occupée – là c’est une gageure, il s’agit de l’être sans l’être vraiment, sinon on rate les timides- et toutes les variations possibles qui sous-entendent que vous êtes merveilleusement à votre place, plantée entre deux étals -en étau- de l’allée principale de la librairie (ou gracieusement logée dans le recoin « détente et réflexions »).
Prévoir un petit lot d’amis qui vous ont lu(e) et apprécié(e), une cousine de province, un fan transi ou la meilleure copine qui vous connaît parfaitement peut s’avérer utile…
La troisième possibilité est celle qui a été immortalisée dans le journal local, on vous connaît un peu, la plupart du temps sous une autre casquette (l’éternelle question de l’écrivain qui mange…) les amis sont ravis de passer, et puis c’est bientôt la fête des mères, pourquoi pas un recueil qui parle des femmes (mais pas que…). Une mention spéciale à Bénédicte qui a raflé 7 livres (sans compter le sien), pour la très bonne raison qu’elle me lit depuis le début et qu’elle adore, alors elle distribue… et moi j’aime son regard intelligent sur mon écriture…
Je dois avouer que pour ma part je fais une très mauvaise acheteuse de livre à dédicace. On s’empare de l’œuvre sous le nez de l’auteur, on lit la 4eme de couv, un brin embarrassé de le faire à sa barbe et on redoute de le vexer en le reposant sans l’acheter… Alors quand je suis de l’autre côté de la barrière, je me retiens de dire « vous pouvez toucher même pour rien, ça ne casse pas, ni moi, même si j’ai l’air un peu potiche là tout de suite… »
Pour finir (j’ai beaucoup de choses à faire, en plus de ma douche froide en attente de plombier) j’ajouterai un petit credo : même si… potiche, mines à pourvoir, attentes, photos moches et petits embarras de circonstances, je ne bouderai jamais mon plaisir ! Signer un bouquin en petit ou en grand, glorieux ou pas encore, c’est drôle et délicieux…
Petit préambule utile au décodage !
juin 28, 2008
ω
Au joli mois de mai mon éditrice, Christine Féret-Fleury, me conseillait de composer un groupe « L’amour est un carburant propre » à l’occasion de la sortie du recueil de nouvelles…depuis, justement, ça carbure ou plutôt je pédale… J’ai inauguré cela sur Face Book, convaincue que j’atteignais là mon Annapurna informatique et qu’après cela j’en serai quitte avec la modernité ! J’avais tort…
Je suis à Internet, le blog, les formats PDF et JPeg et autres « poke » (??) -pour ne citer qu’eux- ce qu’un poète est à un mode d’emploi Ikéa ! Et que ceux qui n’ont pas pratiqué la chose me jettent le premier boulon manquant… La gare Playmobil n’est pas mal non plus, ceci dit. Une question me vient à ce propos : qui rédige leurs opuscules ? Un dyslexique ?
2, 3 exemples de ma « poésie » : Je n’ai pas ENCORE de portable. Pas de voiture non plus ni de sèche linge (pas la place). Ni de C.B. Un conseil en passant aux amateurs de chéquiers qui voudraient prendre l’autoroute : n’oubliez pas votre jerrican, on refusera votre règlement en cocotte papier; trépidation ou méthode zen, rien ne marche, j’ai testé, le pompiste reste inébranlable, genre marbre imputrescible.
Je vous passe les réflexions amusées ou admiratives des heureux propriétaires de portables (la majorité écrasante, de 7 à 77 ans comme Tintin) qui m’interrogent, un brin perplexes « Mais tu fais comment ? »… Cela me donnerait presque l’envie de me retourner pour siffler mon diplodocus de compagnie. J’arrête là mes exemples, histoire de ne pas faire de ce préambule un roman-fleuve.
Ce blog est la cinquième expérience de la pratique de la Théorie… Après la boîte mail (les doigts dans le nez, mais c’est fastoche) un site pro et un autre qui l’était moins où j’ai atterri par inadvertance, après Face B où l’on doit être à moins de revendiquer le statut d’un bantou égaré au payes des esquimaux, me voilà de plain-pied dans la modernité triomphante…
Alors, avant d’oublier, et pour conclure ce préambule pas très formaté, un merci à l’initiatrice-formatrice-conceptrice et boulonneuse, Marie-Sophie M qui sait jouer de la polyvalence et ce n’est pas la moindre de ses cordes à l’arc !
N’empêche… Un jour je finirai par surfer sans passer par l’étape colin-maillard, on peut toujours rêver !




